avr 18 2008
Une introduction aux algues nuisibles
Lorsque l’on cherche à présenter les algues nuisibles (regroupées sous la dénomination de Harmful Algae en anglais), on est soumis à une question cruciale : comment organiser son exposé afin de n’oublier aucune aspect du sujet ? La première méthode, assez simple, consisterait à délimiter deux grands ensembles : les algues toxiques d’un côté, et les algues dont la prolifération cause des dommages à l’écosystème, de l’autre. Cependant certains cas de figure « mixtes » ne seraient pas à exclure ! Et le plan rendrait-il bien la complexité du problème ? Seconde idée, s’intéresser aux symptômes. Fort pertinent pour les espèces toxiques (ASP, DSP, PSP, NSP, CSP) mais déjà plus délicat pour les autres nuisibles (Compétitivité dans le milieu ? Axénies ? Lésions branchiales et digestives chez la faune aquatique ? Autres ?). Enfin, dernière solution, celle du taxonomiste, qui ne manquera pas de vouloir ranger chaque algue dans le bon taxon et de dresser un arbre phylogénétique. Seulement voilà : les algues nuisibles ne forment pas un groupe phylogénétique homogène – mais étant elles mêmes inclues dans un groupe polyphylétique pour le moins artificiel, qui en aurait douté ? Et citer les différents taxons comprenant les 300 espèces nuisibles recensées n’a que peu d’intérêt à première vue. Saut que … Un petit nombre d’espèces (80 à peu près) sont toxiques. Dans ce cas, citer les taxons présente l’avantage de garder en mémoire leur diversité. Ce petit exercice pratique, mis en application, donne la liste suivante :
- Diatomées
- Dinoflagellés
- Haptophytes
- Raphidophytes
- Cyanobactéries
Une liste détaillant ces espèces est d’ailleurs proposé à l’adresse suivante : http://www.bi.ku.dk/ioc/default.asp
Ce large éventail de familles, représentant aussi bien les Eucaryotes que les Procaryotes, laisse immanquablement songeur : pourquoi ces algues produisent-elles ces toxines ? Sont-elles toutes toxiques pour l’Homme ? Si à la première question je ne pourrais apporter de réponse détaillée, la seconde est déjà plus facile : ces toxines, malgré leur grande diversité chimique, sont toutes capables d’interagir avec des récepteurs membranaires de nos cellules, et d’induire une réponse moléculaire à l’origine de leur toxicité. Ce n’est pas leurs familles taxonomiques ou leur toxicogénèse qui rassemblent ces algues, mais leurs impacts sur l’homme et l’environnement. Et c’est peut-être le seul point commun que nous pourrions leur attribuer (faisons abstraction des généralités biologiques du Vivant, bien entendu !) : toutes focalisent l’attention de centaines de scientifiques autour des mêmes préoccupations : leurs proliférations, leurs origines et leurs conséquences sanitaires.